Je ne vois pas les démons, mais sens leur œuvre en moi et le lieu où ils m’attirent est la mort la plus misérable.
La torture récente, sans cesse renouvelée, qu’ils m’infligent est inconstante mais a pour objet favori mon esprit.
Je me croyais intouchable, je me découvre fragile, sujet à des imperfections impossibles à ignorer et à corriger.
Ma condition de mortel exposé au vain combat contre la déchéance se fait jour et m’effraie, vais-je m’y habituer ?
Je sens bien ma chance d’avoir vécu aussi longtemps sans me soucier de la peine prononcée dès ma naissance.
Naïvement je croyais pouvoir supporter le déclin, je me découvre incapable d’appréhender la chose sereinement.
Je ne m’attendais pas à souffrir moralement et croyais n’avoir à supporter que des douleurs concrètes, identifiées.
Oublier serait le meilleur des remèdes, pourvu que ce soit de manière totale, sans avoir conscience des absences.
Je voudrais réagir mais je me sens désarmé, jamais je n’ai prévu que l’isolement serait la corde qui me pendrait.
Pour alléger la peine et s’oublier il faut bénéficier de compagnons de route, mais cela m’a toujours été trop difficile.
Jusqu’à présent leur nécessité ne s’était jamais fait sentir, elle était même douteuse ; aujourd’hui elle est évidente.
Que ne suis-je capable de rebondir, de fournir les efforts pour sortir de ce trou du fond duquel je ne vois plus clair !
Je continue à croire que la raison finira par l’emporter, que cette période n’est qu’un cauchemar temporaire de plus.
Rien de mieux pour cela qu’un changement, qui ne semble pouvoir provenir que de dehors, ma prison étant gardée.
J’attends passivement que quelque chose se produise, même si je sens bien que je fais quelques efforts mesurés.
Silencieusement, alors que (paradoxe !) je m’isole tout à fait et crée, un bien-être s’installe, je retrouve alors la paix.