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Poesia : de la Poésie, des textes libres

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17 mars 2017

OUBLI

Sortant de ma concentration en plein travail, je me dis :
« C’est bien, ce travail m’aide à oublier ».
Puis vient : « Mais oublier quoi ? ».
Alors soudain tout me revient en tête.
Le manque est une illusion douloureuse.
De trop nombreuses fois par jour il vient à mon esprit.
Le temps, seul remède à la peine ; en aurai-je jamais assez ?
Pour trouver et perdre quoi au bout ?
L’insensibilité est une garantie de stabilité.
Pour ne pas souffrir et ne plus en faire souffrir les autres.
En attendant, le chaos me malmène, imprévisible.

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9 mars 2017

HAÏKU

Semaine pluvieuse
Dans un esprit fatigué
De mornes pensées

8 janvier 2017

GRAINES

Quelle est ma complainte ?

J’ai été planté il y a longtemps dans une terre aride.
Je n’ai jamais su capter, puiser assez d’eau pour moi.
Une fois déraciné, j’ai laissé les vents me porter.
Je suis retombé sur des terres toujours plus isolées.
Alors que ma soif était grande, je savais l’ignorer.
Mais inéluctablement elle s’impose toujours à moi.

Dans un élan de survie, j’ai semé des graines.
Quel baume pour le cœur que de les voir pousser !
Mais parmi elles ont grandi de mauvaises choses.
C’est au plus profond qu’elles ont pris racine.
Grande est ma crainte de ne pouvoir les arracher.
Serait-il nécessaire de détruire toute la récolte ?

Ma soif est toujours présente, toujours inextinguible.
Un monde idéal, si éloigné de moi, s’est dévoilé enfin.
Mais ce qui est beau l’est trop, je ne peux y toucher.
N’existe-t-il rien qui me soit destiné dans ce monde ?
Quelque chose que j’accepterais et ne détruirais pas ?
L’oubli est la seule chose à laquelle j’aspire toujours.

Mon monde ne changera jamais.

2 janvier 2017

HAÏKU

Un matin à part
Les yeux se tournent dehors
Flocons apaisants

24 décembre 2016

POTENTIALITÉS

Voir toutes les potentialités à travers des livres, à travers des films.
Et quand il s’agit des siennes propres, se trouver aveugle.
Se sentir incapable d’imaginer un futur, se voir désespérément lié au présent.
Comprendre que rien ne se termine jamais.
Il y a toujours une suite ou une rupture violente qui empêche la réalisation de quelque chose d’abouti.
La route tracée s’écarte toujours de la destination initiale.
Sortir de soi le vide qui nous remplit toujours et empêche que se développe les racines d’une vie meilleure.
Ou d’une vie, tout simplement.
Vers où cela mène-t-il ?
Le présent ne peut pas répondre à cette question, et le passé empêche d’y réfléchir.
Qui peut vivre selon ses propres règles en s’étant débarrassé de son carcan fait preuve d’intelligence.
Qui n’a fait qu’ajouter des règles supplémentaires à celles qui lui ont été imposées ne fait que se détruire.

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9 décembre 2016

LE COFFRE

Ce coffre placé là si haut bien malgré lui
N’inspire à personne le dépôt d’un trésor
Son malheur est alors d’être coquille vide

27 novembre 2016

ACORDANDO NA NOITE

Acordando na noite
Sinto dentro do meu peito
Um desejo tão forte
Que me dói porque é em vão

26 novembre 2016

MICRONOUVELLE 07

À la seule force des bras, il rampe péniblement au ras d’un sol désertique.
Poids mort, ses jambes suivent un corps durci par l’extérieur et meurtri de l’intérieur.
Son rêve est d’atteindre des hauteurs mais les appuis lui manquent.
Déjà il lui faudrait se tenir debout, peut-être revenir à des terres plus fertiles.
Il s’est éloigné depuis si longtemps que le retour est compromis.
La sécheresse est grande où il se trouve et ses réserves sont presque épuisées.
Il lui reste l’espoir qu’en continuant, l’oasis qu’il aperçoit arrête un jour de s’éloigner à mesure qu’il avance.
Il n’a d’intérêt que pour ce mirage dont il doit bien admettre n’avoir qu’une vue brouillée.
Il a souvent entendu cette phrase, effrayante et impérieuse : « on n’a qu’une vie ! ».
Mais il ne possède pas le mode d’emploi de la sienne, qu’il ne peut copier d’après les autres.
À son rythme, il lui faudrait plusieurs vies ennuyeuses pour réaliser une œuvre valable.
Il se dit parfois être tel le Dormeur du Val : mort depuis longtemps.

15 octobre 2016

MICRONOUVELLE 06

Qu’écrire à propos de la liberté qui n’ait déjà été écrit ? Quelle histoire à propos d’elle n’a pas encore été contée ? Bien sûr il y a d’infinies variations sur les thèmes qu’elle permet d’aborder, mais sans doute que les plus belles ont déjà été posées sur le papier, diffusées sur les ondes. Il faut être fou pour oser relever le défi d’écrire ne serait-ce qu’un minuscule texte à son sujet. En tout cas il faut en être l’heureux possesseur, car on sait bien que ceux qui en ont le plus besoin ne peuvent crier son nom sans craindre pour leur vie. Restons modestes, ceux qui en ont la liberté peuvent seulement se faire un temps son porte flambeau. Que chaque jour une voix neuve démontre l’existence d’un lieu où elle subsiste, que cette voix rende l’espoir à ceux qui, privée d’elle, doutent de la trouver jamais. Que les optimistes qui ont rêvé d’elle et sont morts pour cette raison ne l’aient pas été en vain. Je veux en ce jour raviver sa flamme : Même un déterministe veut parfois y croire.

14 octobre 2016

MICRONOUVELLE 05

En voilà un qui écrit mon nom, comme bien d’autres l’ont fait ou le feront. Mais dans quel but inavouable l’emploie-t-il ? En l’exposant aux yeux de tous il fait croire en un avenir qu’il ne construit que pour quelques uns. Par des mensonges il fait miroiter des profits personnels au détriment de ceux qui sont tenus pour négligeables. Il est tellement séduisant que beaucoup utilisent ses talents aveuglément, parfois jusqu’à l’excès. Mes ennemis sont déjà nombreux, pourquoi m’en fallait-il un aussi sournois ? Si certains veulent bien admettre les dégâts qu’il produit, peu veulent croire en un monde sans lui. C’est un géant qui se soucie peu de son environnement ; quand il trébuche les conséquences sont dramatiques pour les plus fragiles. Alors qu’aujourd’hui son carburant n’a plus rien en commun avec une réalité concrète, ses méfaits sont d’autant plus dévastateurs. Beaucoup nous marient ensemble, mais qui connaît la vile progéniture qui nait de l’union du capitalisme et de la liberté ?

16 septembre 2016

ENVIE

Les jours sont longs quand les nuits sont courtes,
Surtout lorsqu’ils sont remplis de manque d’envie.
Dans l’océan de solitude, le navire parfois chavire.
La tentation de voir quelqu’un sans savoir comment,
Alors que même pour ses amis aucune parole ne vient,
S’évanouit aussi vite que la volonté de s’animer.

13 août 2016

LE CONTACT HUMAIN

Agréable tant que tu en as
Sous son emprise tu veux rester
La redescente hante tes pensées
La nuit qui suit est un cauchemar
De longs jours ton esprit reste hanté
Car des fantômes rejouent le passé

22 juillet 2016

LES DÉMONS

Je ne vois pas les démons, mais sens leur œuvre en moi et le lieu où ils m’attirent est la mort la plus misérable.
La torture récente, sans cesse renouvelée, qu’ils m’infligent est inconstante mais a pour objet favori mon esprit.
Je me croyais intouchable, je me découvre fragile, sujet à des imperfections impossibles à ignorer et à corriger.
Ma condition de mortel exposé au vain combat contre la déchéance se fait jour et m’effraie, vais-je m’y habituer ?
Je sens bien ma chance d’avoir vécu aussi longtemps sans me soucier de la peine prononcée dès ma naissance.
Naïvement je croyais pouvoir supporter le déclin, je me découvre incapable d’appréhender la chose sereinement.
Je ne m’attendais pas à souffrir moralement et croyais n’avoir à supporter que des douleurs concrètes, identifiées.
Oublier serait le meilleur des remèdes, pourvu que ce soit de manière totale, sans avoir conscience des absences.
Je voudrais réagir mais je me sens désarmé, jamais je n’ai prévu que l’isolement serait la corde qui me pendrait.
Pour alléger la peine et s’oublier il faut bénéficier de compagnons de route, mais cela m’a toujours été trop difficile.
Jusqu’à présent leur nécessité ne s’était jamais fait sentir, elle était même douteuse ; aujourd’hui elle est évidente.
Que ne suis-je capable de rebondir, de fournir les efforts pour sortir de ce trou du fond duquel je ne vois plus clair !
Je continue à croire que la raison finira par l’emporter, que cette période n’est qu’un cauchemar temporaire de plus.
Rien de mieux pour cela qu’un changement, qui ne semble pouvoir provenir que de dehors, ma prison étant gardée.
J’attends passivement que quelque chose se produise, même si je sens bien que je fais quelques efforts mesurés.
Silencieusement, alors que (paradoxe !) je m’isole tout à fait et crée, un bien-être s’installe, je retrouve alors la paix.

11 juillet 2016

UN PETIT GESTE

Un petit geste d’attention fait naître une joie inédite
Je me souhaiterais capable en retour d’offrir ce cadeau
Il faudra vaincre l’indifférence et le poids des années

24 juin 2016

SÉRÉNITÉ

Sédimentation des longues épreuves
Régénération de l’insouciance
Ni nausée ni ce désenchantement
Terrasser pour quelque temps tous les maux

Séduction d’une courte période neuve
Rétablissement d’une confiance
Niveau élevé de contentement
Témoigner au travers de simples mots

23 juin 2016

QUAND LA VIE S'ARRÊTE

J’ai l’impression que ma vie s’arrête là.
La raison me dit le contraire, mais sa voix est trop faible.
C’est que ma solitude crie, elle prend tout l’espace, me tient au corps.
Elle est un gouffre dans lequel j’ai peur de tomber sans pouvoir me raccrocher.
Tout le monde sait que l’on reste toujours seul.
C’est étrangement beaucoup plus évident lorsque l’on crée des liens avec d’autres que lorsque l’on s’isole.
Le problème se trouve dans l’impossibilité de devenir plus que soi, de se diluer dans une entité qui ne soit plus soi.
On reste toujours et seulement avec son plus gros problème, soi-même.
Et quand cet être est si dense et si massif, qu’il semble immuable, il semble contredire la définition même de la vie, qui se situe dans le mouvement.
Alors le sentiment qui vient est que sa vie s’arrête là, que l’extérieur n’existe plus ou alors semble inaccessible derrière un air liquéfié, dense et pâteux, étouffant.
Il faut attendre qu’une éclaircie fasse son apparition et dissipe la brume qui aveugle l’esprit.
Le temps, peut-être, finira par l’apporter.

16 mai 2016

HAÏKU

Un printemps de plus
Dans un être rayonnant
Grandit l’avenir

12 mars 2016

DEUX HAÏKUS

Minuit en hiver
Pensées blessantes récurrentes
Ne pas s’énerver

Un réveil nocturne
Un doigt allume la radio
Oublier sa vie

14 février 2016

MAINS TENDUES

Pour me maintenir hors de mon tombeau
À quel point m’est nécessaire cette main
Dont je ne sais à qui elle appartient
Avec le temps elle perd sa consistance
Une autre main alors vers moi se tend
Qui plus tard aussi part en s’estompant
Et de main en main cela continue
Mais leur nombre se réduit je le sens
Un jour ma main à peine tendue vers elles
Ne saisira que le vide qu’elle craint tant

19 janvier 2016

TROIS HAÏKUS

Douce solitude
Paisible repos d’une âme
Demain s’en iront

Peut-être qu’un jour
Jaillira du froid ambiant
Un feu endormi

Retour de l’hiver
Par cette forme de poésie
Espérer la paix

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