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Poesia : de la Poésie, des textes libres

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18 avril 2021

RITUELS

Une cérémonie, ou un rituel, est un ensemble d’actes extraordinaires, c’est à dire différents des actes quotidiens et naturels, effectués ou observés dans un certain état d’esprit, lui aussi extraordinaire et partagé par toutes les personnes qui y sont présentes, dans le but d’obtenir une communion des présents et éventuellement satisfaction auprès d’un éventuel monde des esprits susceptible d’y être sensible et d’y réagir.
Les rituels ont cette différence qu’ils sont plus impressionnants pour les personnes qui en sont témoins que les cérémonies, du fait qu’ils peuvent parfois mettre en jeu des tabous ou des atteintes aux règles établies en société.
Les deux semblent généralement très normés, avoir une rigidité dans leur exécution qui est leur signature ; le temps, qui peut s’y faire sentir plus lent, voire suspendu, en est une composante essentielle : le rythme ne doit pas être celui de la vie courante.
C’est un lieu où règne à la fois la rationalité dans son exécution et l’irrationalité dans ses effets.
Les jeunes y sont bien sûr particulièrement sensibles, les rites possèdent pour eux une sorte de magie forte et impressionnent leur esprit.
Certains créent, parfois pour eux-mêmes, des rituels qui sont autant de manières de s’hypnotiser et de s’extraire du monde concret, pour accéder à celui de l’esprit, où la superstition peut régner en maître.
Il n’est pas très étonnant qu’en grandissant on reste alors toujours sensible à leur pouvoir d’évocation, et qu’ils soient utilisés pour soigner des maux de l’esprit.
Le fait qu’ils soient psychologiquement destabilisants les rend utiles dans l’apaisement ou le traitement de ce que l’on pourrait appeler maladies mentales, à tout le moins traumatismes psychologiques.
Ils peuvent bien sûr servir le but contraire et traumatiser leurs participants.
Le sceptique peut s’en amuser, mais il ne peut pas totalement ignorer l’effet de l’ambiance qui se dégage d’une cérémonie ou d’un rituel sur ses participants et ses témoins.
C’est pourquoi, sans doute, les cérémonies officielles restent nombreuses : elles permettent d’impressionner les foules, et peut-être par là de les soumettre à un système de pensée en partie magique.
Elles sont sans doute également une composante essentielle de toute vie sociale, puisqu’elles créent un lien entre ses participants, une expérience commune mémorable collectivement.

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6 mars 2021

LA FÊTE

Une personne seule à une fête, restant à l’écart.
On lui propose de se joindre aux autres, de faire partie de la farandole.
On la prend par le bras, mais elle se libère, refuse de se laisser entraîner.
Alors on la laisse seule, à observer ces gens s’amuser tous ensemble.
Si elle ne participe pas à la fête, ce n’est pas par timidité, par manque d’assurance, ni même par peur de la honte.
C’est qu’elle n’en ressent tout simplement pas l’envie, et que l’observation de cette frénésie festive lui convient mieux que d’en faire partie.
Ce n’est pas d’être invitée dont elle a besoin, mais de quelqu’un qui, comme elle, se détache de la foule, et se joigne à elle, dans l’intimité, à l’écart de toute cette animation.
Pourquoi faudrait-il faire comme les autres, se fondre dans la masse ?
La fête est-elle la chose la plus intéressante à faire ?
C’est peut-être seulement la plus sécurisante pour qui n’aime pas être isolé.
Ceux qui s’y plongent comprennent mal que l’on puisse préférer rester à l’écart.
Il n’y a presque personne pour la délaisser assez longtemps et prendre le temps de dialoguer avec qui ne fait que l’observer de loin.
Ceux qui ne rentrent pas dans la danse interrogent, mais de manière passagère, rarement profonde.
Les comprendre nécessite de penser autrement, ce dont les fêtards sont incapables, entraînés qu’ils sont par l’élan impulsé par la foule, qui ne réclame rien d’autre que l’action, donc précisément de ne pas penser.
Les fêtards invitent à la fête, qu’il ne faut pas gâcher, mais sont limités dans son cadre et comprennent mal qu’autre chose est possible.
En dehors, c’est forcément l’exclusion, voire la folie, qui guette.

15 février 2021

LE BESOIN D’EXTRAORDINAIRE

Le besoin d’extraordinaire, de nouveauté, de découverte, est pour le moins très répandu chez l’humain. Il est sans doute difficile de déterminer s’il s’agit d’une expression de nos gênes, autrement dit d’un besoin inné, ou s’il est développé avec l’héritage culturel. On peut sans doute trouver des arguments pour les deux possibilités, bien que je penche davantage vers la seconde.

En faveur de l’hypothèse génétique, on trouve chez les animaux de nombreuses coutumes de séduction où il s’agit de se comporter de manière extraordinaire pour emporter la faveur. Cependant je ne vois pas de cas où un animal recherche la nouveauté, ou serait particulièrement attiré par celle-ci. Cela me semblerait même être une source potentielle de danger, la nouveauté étant inconnue et donc peut-être nocive, ce que la plupart des êtres vivants évitent pour la survie de leur espèce. La découverte, chez l’animal, me semble provenir plus souvent de la nécessité de survie que d’un goût pour celle-ci. Mais peut-être justement que, sans cette volonté d’exploration, l’espèce fragile qu’est la nôtre aurait disparu et que c’est en transformant son environnement pour ses besoins qu’elle a survécu. Elle a amplifié cette tendance au long des millénaires en accumulant les technologies et en partageant ses connaissances, cumulatives, au fil des générations.

L’espèce humaine a davantage complexifié la séduction, elle l’a même généralisée à beaucoup de ses interactions. Elle a également rendu coutumier l’extraordinaire, comme par exemple les carnavals. La nouveauté semble être une bouée de secours pour beaucoup ; elle est cependant poussée par l’usage de la publicité : on donne envie d’avoir de nouvelles choses. Cette envie me semble en partie naturelle, mais également pour beaucoup construite par notre mode de vie. Elle vient de notre notion de propriété, associée sans doute à notre jalousie : on veut ce que l’autre possède, pas nécessairement pour déposséder mais par mimétisme.

Pour alimenter encore la seconde hypothèse, on peut observer comment, dès le berceau, on attire le regard du petit humain vers des choses nouvelles, préférablement spectaculaires, en les associant au plaisir, à la joie. Autrement dit, on nous montre presque dès notre naissance des choses extraordinaires et on nous fait sentir qu’il faut être heureux d’en être témoin.

On entend que pour développer son intelligence, l’humain doit être stimulé. On est heureux de voir un enfant parcourir son environnement pour le découvrir, prendre l’initiative d’agir sur celui-ci, car il fait alors preuve d’éveil. On sait qu’il faut pourtant toujours veiller sur l’enfant, sous peine qu’il se mette inconsciemment en danger : le goût de la découverte est dangereux. Un enfant qui resterait sans bouger serait très certainement testé pour y détecter un problème, comme par exemple de l’autisme. Pourtant la découverte frénétique de son environnement n’est pas une généralité chez les animaux nouveaux nés. On peut par exemple observer que les oisillons ne cherchent généralement pas à aller voir ce qu’il y a en dehors du nid avant de savoir voler, ce qui bien entendu est une bonne chose pour la survie de leur espèce.

Une personne qui ne fait rien est généralement mal vue ou soupçonnée d’être atteinte de cet état grave, en tout cas détesté, qu’est la dépression.
Le dépressif est celui qui ne parvient pas à agir sur le monde ; il est passif et, dans notre conception du bien-être, cela est une tare. L’humain semble plus heureux quand il se donne un but et quand il agit pour l’atteindre. S’il n’en est pas ainsi, il aura tendance à réfléchir à sa situation, commencera à s’étudier lui-même, et cela l’effraie souvent tellement qu’il fait tout pour l’éviter. Le fait est que peu de personnes font le choix de la monotonie, même l’accepter ne peut être que temporaire pour le bien-être de la plupart. D’où les fêtes organisées chaque année qui permettent de la rompre, paradoxalement tout en la forgeant sur les années ; la saisonnalité éloigne la lassitude. Il faut du changement, voir ailleurs, découvrir, vivre des choses extraordinaires, sans quoi au minimum on s’ennuie – et on ennuie les autres, au pire on gâche sa vie.

Il faut se rendre exceptionnel, devenir quelqu’un, avoir une belle position. Les histoires racontent la plupart du temps des réussites, au moins quelque chose de remarquable. Les célébrités sont des modèles qui permettent de vivre des vies extraordinaires par procuration. L’échec est presque impensable. Ce modèle de réussite, montré comme le seul viable, est une insulte à la majorité dont la situation n’est pas enviable et que l’on fait rêver en vain, donc que l’on frustre.

Je crois que ce besoin d’extraordinaire, de nouveauté, de découverte, est un problème autant que quelque chose de bien. C’est sans doute lui qui amène la technologie, la science, qui ne peuvent naître sans exploration, sans expérimentation. Cependant l’action transformatrice de l’homme n’est pas sans conséquence négative, nous le savons.

Si nous avons cette bonne image, ce modèle à suivre, de l’activité, nous avons pourtant aussi l’image d’une sagesse basée sur le modèle contraire. En effet, la sagesse peut être celle qui réfrène la fougue de la jeunesse qui court à sa perte, celle qui conseille de réfléchir avant de se lancer dans une entreprise aux conséquences inconnues, voire même qui tente de dissuader d’aller sur certaines voies dangereuses.

Personnellement, je cherche toujours la singularité, en particulier dans les œuvres auxquelles j’accède, mais j’accepte que ma vie soit répétitive, monotone. J’essaie d’accepter ma banalité après avoir vécu de longues années dans l’idée qu’il fallait aller le plus haut possible, être ambitieux, et constaté que cela peut être vain et ne mène pas au bonheur. Je vois maintenant que la nouveauté est illusoire, que les productions humaines innombrables sont pour l’essentiel du bruit sans beaucoup de sens, sans beaucoup de variétés essentielles ; elles ne sont que les variations infinies sur des thèmes limités.

On se leurre à vouloir se donner une direction dans un monde qui n’en a pas.

26 décembre 2020

RENCONTRES

C’est une sorte d’évidence, lorsque l’on y pense, que l’on ne connaît jamais vraiment l’autre.
Ce n’est que l’image que nous avons de l’autre que nous aimons ou détestons, selon ce que nous y voyons de nous, du meilleur au pire.
Nous ne faisons finalement que nous projeter en l’autre, en y mettant soit ce qui est beau en nous, soit ce qui est laid en nous.
Nous aimons en l’autre ce qui nous fait penser aux qualités que nous nous donnons, nos blessures ou nos faiblesses chéries, ou ce à quoi nous aspirons et qui peut nous inspirer pour y tendre.
Nous n’aimons pas en l’autre ce que nous avons honte d’avoir en nous, y compris certaines faiblesses, ce qui nous fait peur, ou ce qui nous manque et nous rend jaloux.

Je m’interroge alors : Qu’est-ce qu’une rencontre ?
Je pense déjà au fait, pour quelqu’un, de rencontrer quelque chose, pas nécessairement quelqu’un.
Pour cela, il faut qu’une volonté naisse en nous d’ajouter en notre esprit de nouveaux éléments qui fassent évoluer notre connaissance du monde, notre expérience de vie.
Cette volonté peut être préalable ou naître au contact de l’objet de la rencontre.

Ensuite, qu’est-ce que la rencontre entre deux personnes ?
C’est la simultanéité de deux rencontres, quand deux personnes croient partager la même expérience de vie, se pensent orientées par les mêmes circonstances, vers une même vision, ou bien quand les attentes ou volontés semblent se compléter pour chercher à atteindre un but commun.
Ce sont deux volontés, deux attentes simultanées tournées vers une même chose.
Là encore il s’agit d’illusion, car on ne sait jamais vraiment ce que vit l’autre et l’on ne fait que se l’imaginer à partir de ce que l’autre nous montre, nous communique.

Si à un certain point les visions divergent, les chemins se séparent et il peut y avoir rupture.

Avec l’éloignement, quand le dialogue est interrompu par les circonstances, il se produit parfois une chose dont il faut avoir conscience.
Il se peut que l’on estime bien connaître l’autre, tout simplement parce que la rencontre est passée et parce que l’on a côtoyé assez longtemps l’autre pour en savoir beaucoup de choses.
Cependant les événements peuvent l’avoir mis dans une situation différente que celle de la rencontre, dans laquelle il ne réagit, ne vit, pas forcément comme on pourrait le croire.
Il se peut même que l’on ignore cette situation différente.
De plus, ce que nous avons projeté sur l’autre n’a jamais tout à fait été juste et nous continuons à projeter de travers et de mémoire seulement, que tout le monde sait non fiable, ces mêmes éléments, sans pouvoir avoir la certitude qu’ils s’appliquent toujours, s’ils se sont même jamais appliqués.
Ainsi, si l’on reste dans l’affirmation, si l’on ne continue pas le geste de la rencontre qui consiste à poser des questions pour actualiser ou corriger ses connaissances de l’autre, on s’éloigne à coup sûr de l’autre.
L’autre devient alors pour nous un être imaginaire avec lequel on communique en nous-même, qui n’a que quelques points communs avec la personne réelle.

Comme les gens posent généralement peu de questions, j’ai tendance à penser qu’ils se créent un monde qui leur convient mais qui ne correspond pas vraiment à la réalité.
Leur réalité leur suffit, avec ses approximations et ses erreurs.
Ils pensent que l’observation rapide, superficielle, suffit à bien évaluer l’autre, à le cerner.
Il y a pourtant beaucoup d’éléments qui ne peuvent pas se savoir sans un examen plus poussé.
Il est vrai que remettre en question son savoir est difficile et demande beaucoup d’énergie.
Je crois pourtant que beaucoup de malentendus et de rapports difficiles proviennent de l’ignorance profonde de qui est l’autre.

Il arrive que l’on ne fasse plus l’effort de savoir qui l’on a en face de soi, que notre autre imaginaire soit le seul envers lequel on agisse.
Pourtant on communique malgré tout avec quelqu’un de réel.
Je pense qu’il est important d’en avoir conscience.

J’ai ressenti plusieurs fois cette impression que la personne qui me parle ne me connaît pas et me colle aux concepts auxquels j’ai été associés.
Ce n’est plus à moi que l’on parle, je ne suis qu’un objet ; bien qu’étant l’original d’une copie virtuelle ressemblante, je reçois ce que la copie seule devrait recevoir.
Je peux me sentir étranger à ce qui m’est communiqué et qui me concerne à peine, voire pas du tout.

23 octobre 2020

SUR LA RÉCIPROQUE

« Quand j’y suis, tu n’y es pas... et réciproquement ».
Mais que cache donc cette phrase ?
Je me méfie souvent de l’utilisation de la réciproque.

Pour un énoncé de la forme « si A alors B », la réciproque est « si B alors A ».
Il est à savoir que la véracité de la réciproque n’est pas liée à celle de l’énoncé.
Autrement dit, il se peut que l’une soit fausse et l’autre vraie, ou que les deux soient vraies, ou que les deux soient fausses : tout est possible.
Par contre, la contraposée, à savoir « si non B alors non A », a la même véracité que l’énoncé.
Autrement dit, soit toutes les deux sont vraies, soit toutes les deux sont fausses.

Dans notre cas, en supposant que la négation de « ne pas être » est « être », la contraposée de notre énoncé de départ est donc « quand tu y es, je n’y suis pas ».
Nécessairement, puisque si j’y étais, tu n’y serais pas...

La réciproque de notre énoncé est pour sa part : « si tu n’y es pas, alors j’y suis ».
Mais est-ce vraiment ce que pense la personne qui le dit en parlant de réciproque ?
En fait, on a plus en tête la contraposée de la réciproque, à savoir « quand je n’y suis pas, tu y es ».
Bien entendu, comme nous l’avons écrit plus haut, la véracité de la réciproque est la même que celle de sa contraposée, donc ça ne pose pas de problème logique de parler ici de réciproque.

Mais est-ce que ça ne fait pas faire une gymnastique compliquée à l’esprit pour être sûr de comprendre ce que dit l’autre ?

Une autre phrase, par exemple : « Ce qui est entendu n’est pas dit... et réciproquement ?! »
Ne comprend-on pas plutôt seulement la contraposée, à savoir « ce qui est dit n’est pas entendu » ?
Car la réciproque, « ce qui n’est pas dit est entendu » paraîtrait complètement démesuré : ce qui n’est pas dit est incommensurable, comment pourrait-il être entendu ?
Même sous sa forme contraposée, « ce qui n’est pas entendu est dit » est tout à fait impossible pour ces mêmes raisons de mesure.
On a donc là un usage erroné du mot réciproque.

Mais revenons à notre énoncé de départ, car il y a un peu plus à voir, selon un certain point de vue.
En effet, cet énoncé est d’une certaine manière « totalisant ».
J’entends par là le fait qu’à chaque fois, soit j’y suis (et tu n’y es pas), soit tu y es (et je n’y suis pas).
Ainsi, forcément l’un de nous deux y est : sur le total de ces moments, il y a une présence.
La phrase semble même suggérer le fait qu’il a été observé que les deux cas se sont présentés.
Bien sûr, on ne connaît pas les proportions de ces deux cas, si l’un est plus fréquent que l’autre, mais il y a quelque chose de rassurant dans le fait de savoir qu’il y a nécessairement quelqu’un : on peut savoir ce qui se passe à chaque fois.

Par contre, si l’énoncé était « quand j’y suis, tu y es... et réciproquement », ce qui se passe c’est qu’à chaque fois, soit nous sommes tous les deux présents, soit nous sommes tous les deux absents.
Peut-être que nous sommes tout simplement toujours là ?
Ou bien seulement quelques fois ?
L’expérience, là encore suggérée par la phrase, indique que l’on n’est pas dans le cas où aucun de nous ne vient jamais.
Mais c’est un peu plus inquiétant : que se passe-t-il quand aucun de nous deux n’y est ?
On s’en moque ?
Sans doute...
Et peut-être qu’un énoncé supplémentaire faisant apparaître une troisième personne nous rassurerait.

De toute façon, un énoncé ne dit jamais plus que ce qu’il dit... on a parfois trop tendance à élargir, généraliser, si ce n’est pas déformer, ce qui est dit.
Quand ce qui est dit est vraiment ce que l’on veut dire, c’est déjà bien assez compliqué de ne pas mal interpréter ou de ne pas surinterpréter.
Alors quand on dit quelque chose de faux, tout est permis dans les interprétations.
Car tout le monde sait bien que du faux on peut déduire ce que l’on veut, ne serait-ce qu’à travers cette expression : avec des si, on mettrait Paris en bouteille.

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24 août 2020

HU BO

Cet homme, qui a réalisé une œuvre si forte, qui s’est ensuite donné la mort, a fait selon moi un geste magnifique.
Parvenir à faire un chef d’œuvre et disparaître, voilà qui me plairait.
Son geste, dont la connaissance est nécessaire pour amplifier le choc qu’est le visionnage de son œuvre, est expliqué par l’œuvre elle-même.
Le monde tel qu’il est, tellement répugnant, incite à trouver une voie de sortie et il a trouvé la sienne.
Et pourtant, ce trésor inestimable, combien l’auront vu, combien d’âmes aura-t-il comme la mienne touchées ?
Il restera un inconnu pour beaucoup, sera oublié dans l’Histoire.
Son geste, donc, n’a aucun sens au regard du monde puisqu’il est insignifiant.
Mais qu’importe ?
Finalement il a surtout abrégé la souffrance perpétuelle qu’est la vie dans cette humanité déshumanisante, donc pour lui tout va pour le mieux.
Peut-être est-il malgré tout le porte flambeau d’idées qui restent toujours présentes et a-t-il poussé un peu plus loin dans le temps la flamme, que d’autres pourront recevoir et retransmettre, à sa manière ou non.
Cette flamme, en tout cas, effraie beaucoup, et peu sont capables de la contempler.
Beaucoup préfèrent être aveugles devant la noirceur du monde, se bercer d’illusions sans lesquelles ils seraient perdus.
C’est pourtant dans cette noirceur que je vois des étincelles qui me ravissent jusqu’au plus profond de mon être.

29 juin 2020

ENTRE HASARD ET MAÎTRISE

Je ne vis pas de la même manière chacune des différentes formes de création auxquelles je m’adonne. Mon état d’esprit lié à leur exécution est très dépendant de la forme utilisée, plus rarement du sujet. Pour toutes, je suis à la recherche d’une certaine esthétique, mais selon que je m’estime capable de l’atteindre avec précision ou non, je vais être tenace, capable d’y passer beaucoup de temps, ou non. Autrement dit, je peux dans certains cas vouloir peaufiner ce que j’ai dégrossi après un premier jet et aller jusqu’à être certain de n’avoir aucun regret sur le résultat, alors que dans d’autres cas, me sachant incapable et n’ayant aucune envie, ou volonté, de travailler pour améliorer des capacités qui me permettraient d’atteindre la perfection qui me satisferait, je vais tout simplement laisser aller, voire abandonner. Cela peut être lié, parfois, au fait même de savoir précisément ce que je souhaite obtenir. Il se peut que je n’en aie aucune idée, ce qui fait que je ne sais pas dans quelle direction aller pour améliorer, ou même avancer, dans mon travail de l’œuvre. Dans certains cas, c’est une question de dextérité, qui me manque et qui ne pourrait être obtenue qu’avec un travail pénible que je refuse de faire.

Je peux entrer un peu dans le détail pour fixer un peu les idées :

Les créations sur lesquelles je suis capable de passer beaucoup de temps pour les rendre les plus parfaites à mon sens sont celles qui utilisent l’outil informatique. C’est le cas dans la création d’un programme ou l’édition et l’enregistrement d’un fichier musical par exemple. Ce sont des travaux très techniques, où la répétition est facile, exécutée par la machine, et où je sais pouvoir obtenir ce que je souhaite avec précision. Dans une moindre mesure, il y a le traitement informatique des images prises avec un appareil photo numérique, sur lesquelles je peux avoir très peu d’exigence, à moins d’avoir une idée très précise en tête, auquel cas je peux passer pas mal de temps pour atteindre mon but, ou au moins pour m’en approcher suffisamment près. Le cas des programmes informatiques est particulier, parce qu’ils sont capables de chambouler totalement mon rythme quotidien, du fait que je réfléchisse au problème constamment, formant de manière plus ou moins consciente les détails de sa résolution, nécessitant que je m’y mette au moment où j’ai une construction précise en tête, quelque soit l’heure. Cela ressemble à ce que j’ai pu vivre quand je cherchais à résoudre un problème mathématique : celui-ci reste constamment en tête, occultant tout le reste, presque y compris les besoins naturels les plus importants. C’est tellement entêtant qu’une durée trop grande de cette situation pourrait entraîner des conséquences dramatiques. Je crois malgré tout que c’est parce que j’ai la quasi certitude de pouvoir réaliser en un temps assez court ce que j’ai en tête que je me permet de fonctionner ainsi. En tout cas ce fonctionnement est à la fois enthousiasmant, parce que je fais quelque chose qui me tient à cœur, et perturbant parce que cela détruit totalement mon rythme et m’isole totalement du monde en m’obsédant bien trop. C’est une des raisons qui a fait que j’ai abandonné l’idée de faire de la recherche, en plus du fait que je n’étais pas assez bon pour cela.

Une autre forme de précision se trouve dans ce que j’écris, en particulier ici dans mon livret de l’intranquillité. Il s’agit de choisir les mots, les tournures de phrases, qui expriment au plus juste ce que je ressens, l’idée que je veux développer, en essayant d’être le plus honnête possible, en espérant être le moins ambigu possible. Je peux passer beaucoup de temps sur le choix d’un mot, la manière de former une phrase, et il y a peu de phrases qui viennent en un seul jet, à la première pensée. Car la pensée intuitive, qui lance les premiers mots, est plutôt maladroite et nécessite d’être repensée pour trouver la bonne manière de l’exprimer précisément et justement. Ainsi, cela me prend du temps d’écrire, et si parfois, à la relecture d’anciens textes, je me trouve maladroit, je retrouve malgré tout le travail de réflexion qui s’y trouvait. S’il m’arrive de trouver un texte peu clair pour moi, parce que j’aurais mal établi un contexte permettant d’éclairer au mieux l’idée que je développe, cela est plutôt rare dans l’ensemble, justement parce que j’essaie de penser ce que j’écris comme quelque chose qui peut être lu hors contexte. Je sais que mon écriture peut être maladroite ; elle l’a été quand j’étais plus jeune, et je pense tout de même avoir fait des progrès avec le temps. Je me bats encore souvent avec les répétitions de mots et la ponctuation. C’est sur des phrases que j’ai eu beaucoup de mal à former que certaines critiques peuvent se formuler, justement parce que j’ai eu du mal à trouver la bonne tournure pour les rendre claires et lisibles. Cela dit, il est très possible que je considère avoir du mal sur beaucoup de phrases car presque chacune demande un effort. En tout cas, mes maladresses ne sont pas un manque d’application, mais une application justement trop grande, qui m’aurait fait passer à côté, peut-être de la simplicité ou d’une tournure plus naturelle. Le remaniement de phrases peut mener parfois, même avec une relecture, à des structures complexes, excessivement alambiquées, voire incompréhensibles. J’essaie alors, le plus souvent, de former mes phrases en une seule fois, même si c’est en prenant du temps, en particulier pour trouver des mots qui m’échappent.

Lorsque je prends une photo, je cherche également une certaine perfection sur certains points qui me paraissent importants. Je souhaite avoir le bon cadre tout de suite et ne pas avoir à y retravailler plus tard. J’élimine, en me positionnant le mieux possible, tout ce qui est indésirable dans l’image, je réalise le placement d’un ou de plusieurs éléments avec précision. Je ne cherche cependant pas à maîtriser absolument tous les paramètres possibles, car il y en a trop, et aussi parce qu’ils ne me paraissent pas forcément importants. Je sais par exemple que certains détails, comme la lumière ou les couleurs, pourront être modifiés plus tard avec autant de précision que je le souhaiterai.

Quand je crée de la musique, qu’il s’agisse d’improvisation ou de composition, et que je l’enregistre, je dois n’avoir pas fait trop d’erreurs, ou des erreurs que je peux corriger par la suite, étant donné que j’enregistre ma musique numériquement. Cette notion d’erreur est valable évidemment en composition, mais également dans l’improvisation, puisque je respecte l’harmonie et, comme d’une part je ne maîtrise pas du tout l’art de la composition et comme d’autre part ma dextérité n’est pas bonne, il m’arrive de jouer des notes qui sortent trop de l’harmonie. Cependant certaines erreurs deviennent parfois, dans mes improvisations, des éléments de variation, en tout cas de personnalisation, de mes œuvres musicales. Je crois même qu’elles sont une sorte de signature, comme si la création était celle de mes doigts qui, volontairement, en tout cas par habitude, jouent sur ces écarts à l’harmonie d’une manière qui me reste toujours familière, peut-être très personnelle mais qui ne sont pas voulus par ma conscience. Il est vrai que je forme très rarement une mélodie dans mon esprit, et que je laisse guider le hasard, bien que je le contraigne à rester dans une harmonie générale. Je n’ai en tout cas aucune notion de rythme, et mes compositions ne tiennent pas en compte l’idée de mesure musicale, ni même de tempo. Je me sais incapable de jouer en groupe avec d’autres, car je ne compte jamais mes temps, et que même en les comptant je fais des erreurs. De manière générale, si je n’étais pas lié à un emploi du temps fixé de l’extérieur, j’aurais sans doute très peu de fonctionnement lié au temps, aucune activité périodique.

Je n’ai pas évoqué, en ce qui concerne l’écriture, de la création d’histoires. J’en ai fait très peu, et pour l’instant presque toutes sont inachevées, à part une nouvelle qui essentiellement me mettait en scène d’une manière plus ou moins fictive, en tout cas de manière plutôt réaliste. Je me soucis de précision dans l’écriture de mes histoires comme dans mes autres textes, mais il me manque ici l’idée, la construction du récit. Autrement dit j’ai une idée de départ, avec des éléments que je sais vouloir placer, mais je n’ai aucune idée du développement des actions, et en particulier aucune idée de la fin. Ne sachant où aller, c’est en écrivant que je développe le récit, comme s’il avançait tout seul à mesure que j’écris. Je crains alors une construction maladroite car non maîtrisée de l’histoire, avec une absence de rythme, ou plutôt une irrégularité de celui-ci. Je pense en fait que je ne peux pas être un créateur d’histoire, car j’ai trop peu d’imagination pour cela. Je ne peux que rester dans le monde de la pensée, éventuellement des idées, que je peux essayer de développer, mais pas sous forme d’action, peut-être parce que celle-ci est trop étrangère à mon fonctionnement personnel, moi qui suis davantage un observateur qu’un acteur. J’ai toujours eu un rapport difficile avec les fins des histoires. Je les ai souvent critiquées, et je m’aperçois qu’elles sont très difficiles à réaliser. Je crois maintenant que, comme dans la vie il n’y a pas de fin en soi, car il y a toujours quelque chose qui continue, les fins sont toujours arbitraires, donc presque nécessairement décevantes. Il faudrait peut-être que j’assume l’écriture d’histoires sans fin et sans but, comme l’est la vie.

Il me reste à parler de la peinture, qui est la forme que je maîtrise le moins. Dans cette expression artistique, je n’ai ni l’idée du but, ni la dextérité. C’est donc un travail presque exclusif du hasard, si ce n’est que parfois je cherche à atteindre une certaine harmonie dont j’ai l’intuition, qui peut me demander du temps pour l’obtenir, sur un petit détail d’une peinture qui par ailleurs possède beaucoup de maladresses. Pourtant, ce sont parfois les peintures sur lesquelles j’ai passé le moins de temps, où le hasard a le plus joué, qui me plaisent le plus, justement parce que ce hasard a fait naître des détails surprenants, que je sais incapable de produire volontairement. Malheureusement, ce que je peins n’est pas ce que je voudrais peindre. Je n’arrive pas à faire dans le minimalisme que je souhaiterais. Je suis également incapable d’imaginer un sujet, ce qui implique que ma peinture est nécessairement non figurative, ce qui m’arrange étant donné que je ne suis pas dessinateur, car cela demande un travail que je ne suis pas prêt à fournir. Je crois que c’est la seule forme dans laquelle je dois me forcer vraiment pour réaliser quelque chose, bien que parfois cette activité me permette de passer un moment plus ou moins agréable sans trop penser. De ce point de vue c’est un peu le contraire pour moi de l’écriture, qui me vient comme une nécessité, et qui justement est là pour exprimer ce que je suis en train de penser.

L’amplitude de mes créations est donc grande entre l’improvisation totale et la maîtrise, entre la création au fil de l’activité et celle qui est guidée par un but précis. Très peu de mes créations sont susceptibles de me plaire lorsqu’elles sont terminées en dehors, sans doute, de celles que j’ai pu maîtriser de bout en bout. Ce qui peut paraître surprenant c’est que je ne cherche pas à être capable de maîtriser les autres et de me donner les moyens d’être satisfait. Je crois que cela est dû au fait que je m’en sente tout simplement incapable. Peut-être aussi que j’ai besoin malgré tout de cette part de hasard, même si celui-ci ne fait pas toujours aussi bien les choses que je le souhaiterais. Peut-être est-ce un moyen de ne pas me fatiguer, car la maîtrise peut être épuisante, surtout quand on est perfectionniste comme je le suis sur ce que je maîtrise quand j’ai une idée précise en tête. Cela vient en partie de la notion de minimalisme, importante et transversale dans mes créations, y compris informatiques, qui peut demander beaucoup de temps et d’énergie, aussi paradoxal que cela puisse paraître, simplement parce que les premiers jets sont généralement trop brouillons et maladroits.

22 mai 2020

ANIMAL SOCIAL

On dit des humains qu’ils sont d’une espèce sociale.
Je dis qu’ils ne le sont qu’à moitié.
L’humain n’aime pas être seul.
Il détériore sa santé, au moins mentale, en le restant.
Il lui faut donc de la compagnie pour ne pas souffrir.
Sauf que chacun sait que l’humain, s’il peut apporter le bien, peut également agir mal envers ses pairs.
Il se doit donc d’être méfiant envers les autres et c’est là que les limites de sa socialisation se forment.
Une fois qu’un humain vit et connaît certaines personnes, il va généralement se contenter d’ignorer les autres, au mieux de communiquer seulement dans des interactions à but utilitaire, souvent par le biais d’éléments économiques.
La peur de l’autre, le sentiment du besoin de protection de soi, font que l’on voit plus souvent des réactions de fermeture aux autres que d’ouverture.
Regardez toutes les personnes qui baissent les yeux dans la rue.
Regardez les personnes qui utilisent un masque social pour mieux se cacher.
L’humanité n’est malheureusement pas une espèce unie, aimante.
Il est bien évident que vu le grand nombre d’individus, on ne peut pas communiquer avec tout le monde.
Mais ce qui se passe c’est que chacun reste surtout dans sa propre bulle, utilisant l’autre seulement quand cela lui apporte quelque chose, craignant l’inconnu à cause du potentiel mal qu’il pourrait causer.
Et l’on sait d’autant plus que ce mal est possible non seulement parce qu’il est en chacun de nous, mais surtout parce qu’il a toujours été exposé, peut-être bien davantage que le bien.
On souhaite combattre le mal plutôt que propager le bien.
Pour moi, je crois que cela permet surtout au mal de subsister, voire de grandir.

9 septembre 2018

PENSÉE ET LIBERTÉ

Penser c’est exercer notre liberté.
La liberté impose la conscience du choix, nécessairement présent à cause des limites spatiales et temporelles que nous subissons dans un corps aux dimensions finies.
Les choix sont dans ce cadre parfois difficiles à faire car ils peuvent orienter fortement notre expérience de la vie.
On peut faire le choix, en toute liberté, de ne plus penser pour ne pas avoir à souffrir de l’observation que l’on ne peut pas être tout, tout avoir ni tout faire.
Ce choix implique un retour à l’état de nature, animal, où la souffrance ne peut être essentiellement que physique.
Il s’agit de se laisser vivre, de suivre le fil qui se déroule pour nous en minimisant ses déviations, d’abandonner les combats artificiels perdus d’avance.
On y gagne une liberté sauvage, celle que la nature nous donne.
On y perd la liberté indéfinissable dont la pensée seule donne l’intuition de l’existence, celle qui fait croire à tort qu’elle rend tout possible.
C’est une perte et une douleur morale qu’il faut accepter pour espérer mieux vivre ensuite.
Ainsi, tuer la pensée, c’est tuer une liberté exigeante et trompeuse pour en trouver une autre plus réelle.
C’est mourir en partie pour renaître à un état de nature.
Peut-être faut-il cependant garder l’espoir que ce choix n’interdit pas à la pensée de renaître, à l’image des braises qui conservent en elles la promesse du retour du feu.

13 décembre 2017

LE BRUYANT ANIMAL

L’humain, cet étrange et bruyant animal,
Autour de lui toujours génère silence,
Effrayant, détruisant tout ce qui l’entoure.
Animé par cet outil bien inutile,
Son bavardage incessant et insensé,
Que ne sait-il se taire et s’en contenter !

25 septembre 2017

MÉMOIRE

Comment se fait-il qu’il y ait des choses que l’on a envie de partager avec quelqu’un en lui disant, ou que l’on s’interdit de lui raconter, et qui restent en mémoire tant que l’on ne s’en est pas déchargé ?
Cela peut être une expérience vécue, généralement seul, une remarque ou une idée que l’on s’est faite à propos d’un sujet lié plus ou moins directement à la personne à laquelle on souhaite en parler.
Parfois on ne sait même pas à qui dire ce que l’on a envie de dire.
Ce qui est commun à tous ces cas, c’est que si l’on garde le silence, régulièrement la chose revient en tête.
C’est une tâche de fond qui, tant qu’elle reste à accomplir, est ramenée à la conscience.
Quelque part dans notre mémoire se trouvent stockés des éléments de ce genre qui sont parcourus de temps à autre.
C’est un peu une torture de l’esprit, surtout pour ce que l’on s’est interdit de raconter, car le seul moyen pour s’en libérer est de partager l’expérience ou l’idée.
Parfois on ne trouve pas le moment propice, ou l’on n’ose pas, ou l’on se dit qu’il ne faut pas, et peut-être ne le faut-il pas, mais cela forme un poids dans l’esprit qui peut être pénible à porter.
Parfois notre hésitation est idiote et l’on tarde pour de mauvaises raisons, et le mieux est de dire tout de suite ce que l’on a en tête.
Écrire pour soi ou pour l’autre mais sans lui faire lire peut aider aussi, mais ce n’est pas toujours aussi efficace.
Une fois la tâche effectuée, la mémoire s’en trouve libérée et elle ne revient plus en tête.
Pour le bien être, il vaut mieux ne pas accumuler ce genre d’éléments.
Peut-être que lorsqu’il y en a trop, certains disparaissent de la mémoire, mais l’on peut penser qu’ils ne le font pas sans laisser un sentiment d’inachevé qui assombrit l’humeur.

Pourquoi, au contraire, certaines idées qui nous paraissent bonnes sont oubliées à peine quelques minutes après les avoir formulées dans notre tête ?
Lorsque l’on essaie de se rappeler ce à quoi on a pensé juste avant, on ne rencontre parfois qu’un brouillard duquel rien n’émerge, on sent une résistance à l’effort de réactiver les processus de réflexion.
Il faut essayer de retrouver le déclencheur de la succession de pensées qui a mené à l’idée que l’on cherche à retrouver.
Cela se fait à tâtons, dans ce brouillard que l’inconscient tente de nous faire quitter en nous menant vers de nouvelles images, éloignant définitivement l’idée de notre conscience.
L’effort même de se rappeler tend à se faire oublier.
Bien sûr, la fatigue, avec le besoin de repos de l’esprit, augmente la difficulté.
Mais parfois, parce que la volonté était la plus forte, ou parce que la chance de se raccrocher à un déclencheur est là, parfois à portée du regard, on retrouve l’idée que l’on a eue.
Alors la mémoire joue son rôle car le fait de dérouler le fil pour la seconde fois le rend plus solide dans le temps.

10 septembre 2017

SUBSTITUT

Lorsque l’on se coupe d’une habitude qui prend beaucoup de temps, en particulier quand il s’agit du fait de communiquer avec d’autres, il est difficile de trouver un substitut satisfaisant.
On ne peut pas toujours dormir, créer, lire, regarder des films, jouer.
Parfois on a tout simplement envie de ne faire aucune de ces choses là.
Même si l’envie existe dans l’absolu, elle n’est pas toujours présente en pratique.

Pourquoi se couper de son habitude de communication si le vide qu’elle laisse est si difficile à remplir ?
Parce que parfois on sent la nécessité de s’isoler chez soi pour se retrouver, même si se retrouver seul est douloureux et si le besoin d’une compagnie inexistante se fait sentir.
Au moins ce besoin n’est pas toujours explicite, et sa seule trace est alors un malaise dont la source semble indéterminée, et que l’on évite soigneusement d’expliquer.
On essaie alors de le combattre par la multiplication de petites actions.
Un peu de ci, un peu de ça, sans s’impliquer beaucoup dans aucune des tâches, en faisant en sorte de ne pas trop réfléchir.

Tout de même, les journées passent alors très lentement, même si une fois arrivé le soir le temps semble au contraire s’être envolé.
Impossible alors de faire la liste complète de tout ce que l’on a fait, car on peut avoir fait beaucoup de petits riens ou quelques petites choses mais pas toujours en une seule fois, toute activité étant entrecoupée d’inaction.
De nos pensées on oublie les sujets tout de suite après les avoir évoqués et au final il n’y a presque rien à retenir de la journée.
Tout ce que l’on a fait, on l’a fait pour soi, mais est-ce que cela a plus de valeur que cette habitude dont l’excès nous déstabilise ?
Cela nous a surtout montré ce que l’on n’a pas fait mais que l’on aurait voulu faire, ce que l’on est incapable de faire de manière satisfaisante.

À certains moments surgit l’impression que l’on se prive d’une chose qui nous est nécessaire, et la fierté nous empêche d’accepter le besoin de reprendre cette habitude, parce que l’on avait bien senti la nécessité de l’abandonner un moment, qu’il faut que ce besoin soit criant pour s’y abandonner de nouveau, et qu’un vague malaise ne paraît pas suffisant.
Pourtant ce vague malaise peut se faire très présent, lancinant.

La privation de communication, si elle semble parfois nécessaire, n’est pas chose aisée, même lorsqu’elle est volontaire.
Parfois on attend une cause extérieure dont on sait l’instant venir pour reprendre le cours d’une vie moins hors du monde.
De l’intérieur, cela peut ressembler un peu au fait de se priver de repas après avoir eu une indigestion.
On se sent mal, et parfois on se demande si ce que l’on ressent est de la faim, mais on ne reprend que lorsque l’on en est certain.

3 septembre 2017

OFFRIR

Qu’est-ce qu’offrir, ou plutôt quoi offrir ?
Selon moi, il s’agit de s’offrir, partager ce que l’on est, faire découvrir une facette de soi que l’on souhaite, dans l’idéal, plaisante à l’autre.
Offrir quelque chose qui plaira (peut-être !) à l’autre mais ne nous plaît pas, c’est seulement offrir un miroir, c’est nourrir un narcissisme, un appétit égoïste, laisser l’autre endormi dans un monde connu de lui qui n’est pas le nôtre, dans lequel nous n’apparaissons même pas.
Pourquoi faire cela ?
N’est-il pas préférable de bouger chez l’autre les frontières vers un terrain que l’on chérit, dans l’espoir d’un rapprochement plus fort ?
L’autre y découvre davantage de nous, et peut en plus se découvrir un goût nouveau qu’il pourra développer et qui le fera croître.

11 août 2017

HAÏKU

Dans le train de nuit
La lune se montre pleine
Au dessus du Tage

10 août 2017

HAÏKU

Lente agitation
Là où règne le soleil
Le temps offre tout

9 août 2017

HAÏKU

Soleil au zénith
Au sein de l’agitation
Rester immobile

6 août 2017

LISBOA

Larmes précoces de douleur anticipée :
Il sera très difficile de te laisser.
Seul, assis dans tes parcs ou vers tes belvédères,
Banals et apaisants auront été ces jours.
Oublier pour quelque temps l’enfer qu’est la vie
Au pays de la saudade et de Pessoa.

26 juin 2017

PARCOURS

Vivre dans le passé
Explorer chaque feuille
En prenant le temps dû

Contempler tous les détails
Remonter jusqu’aux racines
En déceler la beauté

Être emporté par le vent
Secoué par la tempête
Insouciant des conséquences

S’agripper aux branches et
Aussitôt les lâcher
Vivre dans le présent

13 juin 2017

AMITIÉ

Sentir le bonheur d’avoir de la valeur
Pour ceux qu’au fond de soi on nomme amis
Emplit le cœur et l’esprit d’une joie
Qui gonfle l’ego et donne l’impression
De déborder du corps, tendre vers l’absolu.

19 mars 2017

TROP SOUVENT

Trop souvent la vie se montre injuste.
Sans arrêt elle nous met à l’épreuve.
Malgré le courage et les efforts,
Quand un bonheur possible apparaît,
Alors que l’on commence à y croire,
Elle nous le refuse tout à coup.
Ses moyens variés sont infinis,
Sa torture est toujours efficace.
Triste consolation du poème !

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